Ukraine : Des résultats plus que tangibles

J’avais  rendez- vous ce 14 Octobre 2014, dans une  petite ville non loin de Lviv en Ukraine ,  à l’entrée des Carpates afin de rencontrer une des premières personnes opérées avec le neurogel (sur les 30 opérées) . Lorsqu’avec mon interprète nous arrivons au rendez-vous, sur le parking du bar routier, Dmytro  Denkevitch nous attend au volant de sa voiture. Il saisit son fauteuil roulant posé sur le siège arrière, ainsi que  les deux roues posées sur le siège passager. Il les encastre  rapidement de chaque côté du fauteuil avant de le déposer sur le parking. Pivotant sur  son siège il  passe de sa voiture au fauteuil en quelques secondes.

Il m’explique que  tous ces mouvements récupérés, cette voiture qu’il peut désormais conduire, ce travail dans le commercial qui lui permet de gagner sa vie, cette autonomie retrouvée,  c’est grâce au  morceau de neurogel  qu’il a dans la moelle épinière.

Il a été victime d’un accident de la route en mai 2006, à l’âge de 20 ans avec une lésion de la moelle épinière  à  la 6ème vertèbre thoracique. Après l’accident, il a fait de la rééducation, mais ne récupérait pas de forces au-dessous des aisselles,  niveau correspondant à la lésion. Sa blessure haute  lui avait enlevé la possibilité  d’effectuer les mouvements du corps  consistant à se tourner et se plier ….. Il n’avait  que les muscles de ses bras pour actionner les roues de son fauteuil et se trouvait  condamné à l’inactivité.

Trois ans après son accident, son médecin lui parle alors d’un produit qu’un médecin de sa connaissance, neurochirurgien à l’hôpital de Kyiv, s’est procuré à titre expérimental.

Il  lui propose de s’y faire opérer. Plutôt que de se résigner à la dépendance, Dmytro  part à Kyiv et rencontre le neurochirurgien, le Dr Yaminsky . Il  est opéré en mai 2009. En même temps deux électrodes lui sont greffées sur l’enveloppe de la moelle épinière, la dure mère, à l’endroit de  la lésion, là ou le Neurogel a été implanté. Ces électrodes sont destinées à être connectées à un appareil électrique  afin de  lui permettre d’effectuer  des séances d’électrostimulation pour activer les  neurones.

Au fil des mois,  Dmytro  sent la force revenir dans ses muscles. Cette force s’intensifie  avec la rééducation personnelle à laquelle il  s’astreint. Au bout de deux ans, ayant récupéré les mouvements nécessaires  à la conduite d’une voiture, il passe en 2011 avec succès son permis de conduire. Sa voiture il l’a adaptée lui-même car il ne peut plus se servir de ses jambes.

Ainsi, 5 ans après l’accident, il a pu récupérer son autonomie et aujourd’hui, 8 ans après, il loue le bienfait du neurogel.  Il sent que l’innervation des muscles continue de se poursuivre et que le travail de connexion se réalise à travers le morceau de gel spongieux irrigué de milliers de canaux  invisibles, que le Dr Yaminsky lui a greffé dans la lésion de la moelle épinière.

Il  sent aussi  que la progression se poursuit dans les jambes, mais il n’a pu continuer la rééducation des membres inférieurs car des mouvements spastiques des jambes lui faisaient perdre l’équilibre. Il aurait fallu qu’il soit suivi régulièrement par un kinésithérapeute, avec du matériel adapté pour continuer.

Et c’est là tout le problème de l’Ukraine qui n’a pas les moyens  pour permettre aux personnes opérées,  de financer une rééducation et un  suivi médical.

Il en est de même pour  l’électrostimulation: Dmytro a pu faire  fonctionner l’appareil raccordé aux électrodes de son dos, une première fois pendant 6 mois. Il a fallu ensuite l’opérer pour enlever le cal de chair qui avait poussé et recouvrait les électrodes.  Et à nouveau pendant 6 mois l’appareil a fonctionné. Mais ensuite, Dmytro n’a plus voulu être immobilisé par une nouvelle opération et une période d’inactivité.

Pas de moyens financiers, donc peu  de suivi médical et de rééducation :

Ainsi  j’ai rencontré puis suivi  l’évolution de plusieurs personnes opérées comme  Dmytro : ce sont Petro Marugenko, Serguiy  Solodovnik,  Nataly  Mitiava , Serguiy Kramar , Serguiy Burkalow , Olga Kovaliova, Serguiy Bondar ….

C’est chez ce dernier, Serguiy Bondar que l’évolution a été la plus rapide. Parce que c’est un enfant et donc en pleine croissance. Je l’ai rencontré à Kyiv  en compagnie du Dr Eric Pinet, celui qui nous  fabrique le gel au Canada.  Le Dr Yaminsky qui avait opéré Serguiy  nous avait demandé de venir afin de constater l’évolution rapide des mouvements des jambes. Nous l’avons rencontré à l’hôpital et avons pu le  filmer. Le petit Serguiy avait aussi un autre gros problème : il avait eu une hanche de broyée, en même temps que la lésion de la moelle. Il aurait fallu une lourde opération que les parents ne pouvaient pas financer. Aussi, j’avais pris des contacts avec l’hôpital Necker et le CHU de Brest pour cela. Eric Pinet avait également pris contact avec des hôpitaux au Canada. Mais les parents, vivant loin de Kyiv, n’ont pas voulu que leur enfant parte loin à l’étranger, espérant que ça s’arrangerait un jour ! Aujourd’hui Serguiy est en fauteuil roulant, avec sa hanche disloquée et sa moelle épinière pourtant raccordée, mais devenue inactive.

Voici ce qu’est le Neurogel, comment  il est implanté sur l’homme dans le seul Pays ou il a pu être utilisé.

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